ZAHRA’S PARADISE

» Posted on 18 octobre 2011 in BD / Mangas, Lectures

(2011 / Casterman Ecritures)

Une BD de Amir et Khalil

Rage et prières

(ou comment faire disparaître un corps, un nom…. un pays.)

A la recherche de Mehdi, disparu pendant les manifestations en Iran de 2009. Comme des millions d’iraniens,  le jeune homme manifestait sa soif de justice et de liberté dans les rues de Téhéran : Ahmadinejad, le dictateur populiste a d’abord volé les résultats de l’élection présidentielle. Il a ensuite envoyé ses Bassiji, répandre la terreurparmi sa propre population.

Zahra’s Paradise est une histoire construite à partir de témoignages réels, vécus par ces iraniens qui ont cru trop tôt leur Printemps arrivé.

C’est celle aussi, de tous ceux, chiliens, tunisiens, argentins, libyens, syriens, iraniens… qui ont un jour défendu un idéal de liberté face à un état totalitairement politique ou religieux, et qui l’ont payé de leur vie.

Dans Zahra’s Paradise,  le souvenir de Mehdi vit à travers la force désespérée de sa mère, qui  pour quelques informations, défie des autorités cyniques, violentes et bornées. Mehdi survit aussi grâce aux efforts de son frère, traquant la vérité et la faisant circuler via son ordinateur et son blog.

Les horreurs décrites dans cette histoire ne sont pas nouvelles. La littérature et la presse ont déjà témoigné des tragédies intimes vécues par ces familles déchirées, du combat de ces hommes et de ces femmes passant le restant de leur vie à  la recherche d’un fils, d’un mari ou d’une soeur disparu, tué, torturé.
Ce n’est pas nouveau et c’est d’autant plus bouleversant que la même histoire se déroule en ce moment même, en Syrie, par exemple, (joyeux pays dont le régime n’hésite pas à traquer ses opposants… jusqu’à Paris, oui, oui,  lisez plutôt ceci et cela )

Racontée à la façon d’un journal intime, (et parfois un peu maladroite dans sa narration/construction), cette BD a d’abord existé en version web : ses pages étant publiées au rythme où elles étaient fabriquées, immédiatement traduites   en une dizaine de langues.

La valeur documentaire de cette chronique familiale est immense : un vrai voyage au cœur d’un vieux pays, avec une culture belle et profonde comme l’âme du monde, hélas mis en morceaux par des brutes ignares au cerveau arriéré, qui pendent des adolescents à des grues, à titre d’exemple sinon de programme politique.

La prière de rage, (« Brûle mon fils… ») hurlée, sanglotée par la mère de Mehdi, dans les trois dernières pages est fantastique, bouleversante : elle vaut  les prières de toutes les religions,  tous les hymnes politiques. Qu’on l’enseigne simplement dans toutes les écoles du monde, et qu’enfin le monde change !

On est  loin, ici, de la vision autocentrée et  graphique de Persépolis de Satrapi (Attention, je critique pas hein, j’ai bien aimé)

Pour moi, les impacts émotionnels et documentaires de « Zahra’s Paradise » rejoignent ceux de « Maus » et de « Gen d’Hiroshima » , deux autres monuments de la BD qui témoignent de  l’abomination, telle que les Hommes la pratiquent, au quotidien, au service de leurs propres intérêts.

Et si l’on connaît bien les noms d’Art Spiegelman et de Keiji Nakazawa, ceux des auteurs de Zahra’s Paradise restent encore inconnus ; Amir et Khalil, un journaliste et un graphiste, sont des pseudos. Ce n’est évidemment pas pour faire joli.

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