LA ROUTE

» Posted on 2 décembre 2010 in Romans

Cormac Mc Carthy (éditions de L’Olivier) prix Pulitzer 2007

Clochards sur une Terre de cendres.

Longtemps après une catastrophe planétaire, un enfant et son père erre dans les terres dévastées des Etats-Unis : ils n’ont plus rien, même pas de nom.


La fin du monde avec les cinéastes américains, c’est palpitant, c’est impressionnant d’effets spéciaux… et ça nous fait rigoler, presque rêver (oui, on se met à la place du héros qui en général a une super nana dans les bras ! Et puis ces fins du monde sont souvent positives, sonnant plutôt comme des avertissements aux enfants que comme une illustration de la réalité. « oh la la comme on abime la planète, du coup maintenant on va faire attention ».

La fin de tout.

En littérature, c’est plus compliqué, et souvent plus crédible. Mais encore une fois, c’est souvent la planète qui se venge ou qui en mourant, va sauver l’homme ou le guérir de ses folies.
La noirceur de Mc Carthy dépasse, (ou anéantit) tout ce qui a été écrit/réalisé jusqu’à ce jour, sur ce sujet (et tant pis pour Ballard). Son pessimisme, perceptible depuis Des villes dans la plaine et surtout Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme est ici absolu. Ici, la planète est entrée en phase d’agonie, et les seuls qui ont eu le malheur de survivre, (quelques humains, il n’y a même plus d’animaux) à ce cataclysme dont on ne sait rien, errent sans but dans les ruines, en bandes dégénérées, en vivant de récupération dérisoires : un caddie rouillé, des gouttes d’huile au fond d’un bidon par-ci, des vieilles chaussettes par là. Quant à la nourriture…

Ici, plus personne ne peut plus rien pour qui que ce soit : ni la planète pour l’Homme ni l’Homme pour la planète. Jusqu’au tentatives du père pour préserver son fils des abominations qu’ils vivent, qui terriblement éprouvantes à lire.

La mort du ciel, la mort de la terre…

II fait noir. Voilà une histoire en noir et blanc, faite uniquement de noir. Mc Carthy a inventé une fin du monde à base de cendres. Qui recouvre, noie, étouffe absolument tout. L’eau ressemble au pétrole, la neige ressemble au charbon, les jours ressemblent aux nuits,  et la nuit n’a plus de lune, ni d’étoiles. Et le silence qui accompagne cette lente horreur est parfaitement effroyable…

Voilà quelques semaines que j’ai terminé ce livre. Le simple fait d’évoquer l’absence de son et de lumière des nuits du père et de l’enfant me mettent encore les larmes aux yeux.

J’adore Mc Carthy. J’adore cet auteur, et son écriture et ses histoires. J’adore ses mots et sa façon de faire évoluer le lecteur sur le fil du rasoir : à chaque phrase, tout peut basculer dans l’horreur. Souvent, il n’y va pas, il reste du côté de l’humanité, même quand la situation ou le personnage ne l’est plus.
L’horreur, ici, il n’a même pas besoin d’y aller. Rien d’insoutenable, ni de jeux sadiques à la Madmax/ Fallout ces thrillers post apocalyptiques. Ce qui est insoutenable, c’est Mc Carthy choisit de mettre l’humanité en avant. Dans un monde qui n’en a plus une seule miette, et avec une langue épurée à l’extrême. Voilà comment la route est à la fois hideuse et sublime.

Méridiens de Sang, Suttree et encore De si jolis chevaux… sont des oeuvres inoubliables. Mc Carthy n’est pas un auteur de science-fiction, et n’ancre pas son écriture dans l’imaginaire : au contraire, ses récits décrivent le quotidien, misèrable et violent des hommes, aux Etats Unis, dans la première moitié du XXè siècle. Et pourtant, il fait vivre la terre comme personne d’autre ne sait le faire. Avec l’écriture la plus retenue,la plus sobre et la plus belle qui soit, il dévoile les paysages grandioses du Mexique et des Etats-Unis, les anime par des esprits, des puissances inhumaines, de vieux dieux oubliés et sauvages.

Dans La route, si les paysages ont disparu, la force de ces phrases courtes,  est restée. D’autant plus violent pour le lecteur, en tout cas pour moi, qui n’a plus que la beauté de cette écriture a contempler. Les mots de Mc Carthy sont sublimes, ils sont terrifiants, ils m’ont fait pleurer tout au long de cette abominable route.

Avant la toute dernière lumière du monde, avant le dernier souffle du dernier humain, avant la fin de tout…

« La Route » me hante et j’espère que la mort ne lui ressemble pas.

Ce que vous rencontrerez sur « La Route »

a) un vieil homme nu

b) des vieux bocaux de légumes oubliés dans une maison oubliée

c) une cave dans laquelle des gens sont encore vivants.

d) la mer, la vision de la mer la plus effroyable jamais écrite.

e) un vieux caddie de supermarché.

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1 Comment

  1. Votre critique est magnifique, elle m’a beaucoup émue. Mais je me pose la question de savoir si je vais lire ce roman. Il paraît éprouvant.

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