LE DERNIER DE SON ESPECE

» Posted on 2 janvier 2011 in Romans

Andreas Eschbach (2003) – L’Atalante

Machine de guerre perdue

C’était l’arme la plus sophistiquée de l’armée des Etats-Unis. Il est à la retraite et tombe en petits morceaux…

La scène d’ouverture est impressionnante. Pour se réveiller, se secouer de l’hémiplégie et de la cécité qui le saisit au réveil, Duane Fitzgerald se sert d’une batte de base-ball, avant de se plonger un tournevis dans le bas-ventre, histoire de vérifier… ah vous lirez bien la suite, et cela sans craindre de débordements gore !

Andreas Eschbach m’avait étourdi avec « Des milliards de tapis de cheveux », un space opera fameux, novateur dans la forme et poétique (« bradburien ? » dans le fond). Ici, c’est un polar étonnant, au goût doux-amer. Dont le héros, bien involontaire, est un ancien soldat Terminatorisé qui veut profiter d’une retraite, même amère, avant que son corps ne le trahisse définitivement. Le jour où débarque un avocat hystérique dans sa vie, celle-ci s’emballe et le renvoie vers ses années, où, marine, il prêtait son corps aux expériences biomécaniques des scientifiques militaires…

Emaillée de citations de Sénèque (wa, j’adore, je vais faire comme Duane, m’équiper d’un recueil de ses pensées), l’histoire se dévore d’une traite. Un beau scénario, efficacement mené, sur le registre psychologique, plutôt que de l’action avec un décor rupestre à souhait (un village de pêcheur en Irlande), quelques personnages bien carrés et une réflexion de fond sur l’homme amélioré… Impeccable et souvent émouvant (les sensations d’un homme qui perd son corps, privé des sensations les plus basiques d’un être humain).

Seul petit reproche, l’ »humour bon enfant » de Duane. C’est lui qui raconte l’histoire et pour un ancien marine ayant servi de cobaye pendant des années, je trouve ses expressions un poil trop gentillettes. C’est tout à l’honneur d’Eschbach d’avoir voulu éviter un héros prévisible, cynique et dégoûté de la vie : Fitzgerald, cyborg au corps déshumanisé, a tellement  d’humanité ancré en lui, qu’il en paraît presque trop naïf. Sa mélancolie me paraît plus crédible.

N’empêche, on aimerait bien l’aider, et l’avoir comme copain, Duane. Et si j’étais Hollywood, vite, j’achèterai les droits pour en faire, hélas, le prochain thriller avec du Matt Damon dedans.

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